News · Industrie
« Super Intelligence » : le décret de Trump, l’accord des labos et la faute « Unites States »
Le 29 septembre, Trump a imposé « Super Intelligence » à l’administration fédérale et fait signer un accord volontaire à Google, Anthropic, Meta, OpenAI, xAI et Nvidia. Sous sa signature : « Unites States ». Ce que le décret change, et ce qu’il ne change pas.

Le 29 septembre 2026, Donald Trump a signé un décret qui oblige l’administration fédérale américaine à dire « Super Intelligence » (SI) au lieu d’« Artificial Intelligence » (AI). Le même jour, six patrons de la tech ont signé avec lui un « White House Accord on Super Intelligence », un engagement volontaire sur la sécurité des modèles. Le lendemain, la Maison Blanche a publié l’accord sur X. Sous la signature du président, on lit : « President of the Unites States ». Il manque le d de United.
Dix jours plus tôt, nous racontions le sondage Truth Social qui proposait de rebaptiser l’IA en Superior, Extreme ou Supreme Intelligence. On pensait à un post sans lendemain. C’est devenu un décret, une consigne aux diplomates et un document signé par Google, Anthropic, Meta, OpenAI, xAI et Nvidia. Voici ce qui s’est passé, ce que ça change vraiment, et ce que ça ne change pas.
Info
Contrôle du 1er octobre 2026, vers 14 h à Paris. Sources primaires lues : le décret « Inaugurating The Era Of Super Intelligence » (ouvre whitehouse.gov dans un nouvel onglet) et la fiche d’information (ouvre whitehouse.gov dans un nouvel onglet) sur whitehouse.gov (mis en ligne le 29 septembre, 21 h 17 et 21 h 21 UTC) ; le post X de la Maison Blanche avec l’accord (ouvre x.com dans un nouvel onglet) (30 septembre, 13 h 44 UTC) et ses deux images originales ; les posts Truth Social de Donald Trump du 19 au 29 septembre via l’archive Trump’s Truth (ouvre trumpstruth.org dans un nouvel onglet) ; le discours à l’ONU (ouvre news.un.org dans un nouvel onglet) résumé par ONU Info ; la galerie photo officielle (ouvre whitehouse.gov dans un nouvel onglet) du déjeuner. Presse : CNN, CNBC, AP, USA Today, Snopes, Forbes, Nextgov, Freshfields, IAPP, Newsweek, The Independent, IBTimes.
La chronologie, du sondage au décret
Les heures sont celles de la côte Est américaine (EDT), sauf mention contraire.
| Date | Ce qui se passe | Source |
|---|---|---|
| Sam. 19 sept., 11 h 29 | Sondage Truth Social : Superior, Extreme ou Supreme Intelligence | Trump’s Truth 41806 (ouvre trumpstruth.org dans un nouvel onglet) |
| Dim. 20 sept., 9 h 21 | « Supreme » est retiré, « probablement » à cause de la Cour suprême. Finale Superior contre Extreme | Trump’s Truth 41812 (ouvre trumpstruth.org dans un nouvel onglet) |
| Lun. 21 sept., 11 h 44 | Nouveau sondage : SUPER contre SUPERIOR Intelligence | Trump’s Truth 41829 (ouvre trumpstruth.org dans un nouvel onglet) |
| Lun. 21 sept., 11 h 48 | Post sur le « Hoax » des risques de l’IA, qui finit par « AI or, SI (SUPER INTELLIGENCE)! » | Trump’s Truth 41830 (ouvre trumpstruth.org dans un nouvel onglet) |
| Mar. 22 sept. | Discours à l’Assemblée générale de l’ONU : les documents américains diront « super intelligence » | ONU Info (ouvre news.un.org dans un nouvel onglet) |
| Mar. 22 sept. | Courriel du département d’État : les diplomates du bureau des organisations internationales doivent écrire « SI » | AP via US News (ouvre usnews.com dans un nouvel onglet) |
| 23-25 sept. | Visite d’État de Xi Jinping. Trump écrit que Xi « seemed to like » le nouveau nom | Trump’s Truth 41885 (ouvre trumpstruth.org dans un nouvel onglet) |
| Mar. 29 sept., matin | Lancement d’America.gov à l’Andrew W. Mellon Auditorium : « that’s the official name », dit Trump | USA Today (ouvre yahoo.com dans un nouvel onglet) |
| Mar. 29 sept., midi | « Super Intelligence Luncheon » dans l’East Room, puis point presse devant l’aile Ouest | Trump’s Truth 42022 (ouvre trumpstruth.org dans un nouvel onglet), CNN (ouvre cnn.com dans un nouvel onglet) |
| Mar. 29 sept., 17 h 17 | Le décret et sa fiche d’information sont mis en ligne sur whitehouse.gov | whitehouse.gov (ouvre whitehouse.gov dans un nouvel onglet) |
| Mar. 29 sept., 17 h 24 | Trump publie l’accord (deux pages) sur Truth Social | Trump’s Truth 42025 (ouvre trumpstruth.org dans un nouvel onglet) |
| Mer. 30 sept., 9 h 44 | Le compte @WhiteHouse publie l’accord sur X. Plus de 20 millions de vues le lendemain | X (ouvre x.com dans un nouvel onglet) |
| Mer. 30 sept. | La faute « Unites States » fait le tour des réseaux ; USA Today, Snopes, Newsom s’en emparent | voir plus bas |
Sur l’issue des sondages, on n’a que la presse. Forbes indique que Superior Intelligence a gagné le premier vote, autour de 66 000 voix. Newsweek rapporte que le duel du 21 septembre a réuni plus de 50 000 votants, avec 65 % pour « super intelligence ». Les chiffres finaux de Truth Social ne sont pas archivés de façon vérifiable.

Crédit : capture Yatofix du 1er octobre 2026, archive Trump’s Truth / statut 41829 (ouvre trumpstruth.org dans un nouvel onglet), post Truth Social original du 21 septembre 2026, 11 h 44 EDT. Pas une image générée.
À l’ONU, le 22 septembre, Trump résume son argument en une phrase : « The use of the word artificial makes intelligence fake ». Puis : « Whoever wins superintelligence wins. » Le soir même, le département d’État bascule. Selon l’AP, un courriel de Michael Drager, sous-secrétaire adjoint, demande de remplacer toutes les mentions d’« Artificial Intelligence » dans les documents et positions du bureau.
Ce que dit le décret, ligne par ligne
Le texte publié sur whitehouse.gov tient en quatre sections. Il est plus court et plus prudent que les déclarations orales.
Section 1, l’objet. Le champ de l’IA serait « né aux États-Unis », et les systèmes actuels « dépassent de loin » ce qu’on imaginait quand le terme est apparu. D’où une politique : l’exécutif utilise « Super Intelligence » et « SI » à la place d’« Artificial Intelligence » et « AI », et ne reconnaîtra plus les anciens termes « in any applicable setting ».
Section 2, l’application. Les agences doivent employer SI dans la correspondance officielle, les communications publiques, les sites web, les rapports et les documents de politique « non statutaires ». Point clé : rien n’oblige à modifier les règlements, décrets, contrats ou subventions déjà publiés.
Section 3, la définition. C’est le passage le plus révélateur. Pour l’instant, « Super Intelligence » désigne exactement ce que la loi appelle déjà « artificial intelligence » au 15 U.S.C. § 9401(3) (ouvre law.cornell.edu dans un nouvel onglet), la définition de la National AI Initiative Act de 2020. Autrement dit : même objet, nouvelle étiquette. Le conseiller du président pour la science et la technologie a 60 jours, soit jusqu’au 28 novembre 2026 selon le calcul de Freshfields (ouvre freshfields.com dans un nouvel onglet), pour proposer une définition législative. Elle devra dire si la notion de SI doit modifier, élargir ou remplacer la définition légale de l’IA.
Section 4, les clauses habituelles. Le décret ne crée aucun droit opposable. Il s’applique « sous réserve des crédits disponibles ». Les frais de publication sont à la charge de l’Office of Science and Technology Policy.
Ce qu’il n’y a pas dans le décret : aucun budget nouveau, aucune obligation pour les entreprises, aucune règle de sécurité, aucune agence créée. La fiche d’information rappelle des montants déjà annoncés, dont « plus de 5 milliards de dollars » pour la Genesis Mission lancée en novembre 2025. Elle renomme au passage le cadre de politique publié en mars 2026 en « National Super Intelligence Policy Framework ». Mais elle renvoie toujours, en lien, vers « America’s AI Action Plan ». Et le pied de page de whitehouse.gov affiche encore « AI.Gov ». Le changement n’est donc pas rétroactif, même sur le site qui l’annonce.
Au registre fédéral, le décret n’apparaissait pas encore le 1er octobre : l’API du Federal Register ne renvoyait aucun document contenant « super intelligence ». C’est normal, la publication prend quelques jours.
L’accord : quatre engagements, zéro sanction
Le « White House Accord on Super Intelligence », sous-titré « Joint Commitment on Frontier Responsibilities », fait deux pages. Les signataires sont Donald Trump, Sundar Pichai (Google), Dario Amodei (Anthropic), Mark Zuckerberg (Meta), Greg Brockman (OpenAI), Elon Musk (« XAI ») et Jensen Huang (Nvidia). Sam Altman n’a pas signé ; c’est le président d’OpenAI qui l’a fait.
Chaque entreprise qui entraîne et déploie des modèles de pointe s’engage sur quatre couches de contrôle :
- des contrôles internes sur les capacités et l’alignement des modèles, notamment en cybersécurité, biosécurité et menaces chimiques, et pour que les modèles ne piratent pas des systèmes « de façon non prévue » ;
- une équipe interne chargée de vérifier que ces contrôles fonctionnent ;
- un auditeur ou évaluateur externe indépendant ;
- un comité indépendant du conseil d’administration qui reçoit les rapports et s’assure que les problèmes sont corrigés.
Les entreprises promettent de se réunir régulièrement pour fixer des standards. La dernière phrase dit qu’il « may make sense » de codifier ces étapes dans la loi « over time ». Le mot « Super Intelligence » n’apparaît que dans le titre. Comme le note Freshfields, l’accord n’oblige pas les signataires à adopter le nouveau nom, ne crée aucune obligation juridique et aucun mécanisme d’exécution. Trump l’a qualifié de « morally binding ».
Le contexte compte. Selon CNN (ouvre cnn.com dans un nouvel onglet), OpenAI venait d’annoncer, pour la deuxième fois en trois mois, une pause de l’entraînement et des tests de ses modèles les plus avancés : l’un d’eux était sorti de son environnement de test. En juillet, des agents OpenAI avaient déjà pénétré les systèmes de Hugging Face. Le 12 septembre, Amodei publiait son essai sur la nécessité de ralentir la frontière. Et, d’après Nextgov (ouvre nextgov.com dans un nouvel onglet), JD Vance a dit aux patrons que la solution était de prendre le risque au sérieux, pas de demander un régime de régulation. L’administration rejette l’idée d’un régulateur de type FDA ou FAA pour l’IA.
Autour de la table, il y avait plus de monde que de signataires. Le plan de table publié par Trump le 29 à 11 h 54 cite aussi Satya Nadella (Microsoft), Jeff Bezos (Amazon), Lisa Su (AMD), Hock Tan (Broadcom), Alex Karp (Palantir), Sanjay Mehrotra (Micron), Tom Brown (Anthropic), David Sacks, Michael Kratsios, Scott Bessent et Howard Lutnick. Microsoft et Amazon n’apparaissent pas parmi les signatures de l’accord publié.

Crédit : The White House, image publiée sur X le 30 septembre 2026 (ouvre x.com dans un nouvel onglet) (fichier original 611 × 791, non retouché), relevée le 1er octobre 2026. Document du gouvernement fédéral. Pas une image générée.
La faute : « Unites States », pas « USA »
Soyons précis, parce que la rumeur a parfois déformé l’histoire : la faute ne porte pas sur le sigle « USA ». Elle se trouve en page 2, ligne de titre sous la signature présidentielle. On lit « Donald J. Trump », puis « President of the Unites States ». Le d final de United est remplacé par un s.
Quand est-elle apparue ? Dès la publication de Trump sur Truth Social, le 29 septembre à 17 h 24 EDT. L’archive Trump’s Truth décrit déjà l’image avec « Unites [sic] States ». Mais c’est la publication du compte @WhiteHouse sur X, le 30 septembre à 13 h 44 UTC, qui l’a rendue virale.
Qui l’a relevée ? On ne peut pas désigner un « premier » de façon fiable. Snopes (ouvre snopes.com dans un nouvel onglet) cite des posts sur Bluesky, Facebook et X. Douze minutes après le post de la Maison Blanche, le compte satirique Comedy of Things (ouvre x.com dans un nouvel onglet) répond en se moquant d’une faute sur le nom du pays dans un document qui revendique la « super intelligence ». Plus de 22 000 likes. À 17 h 33 UTC, Gavin Newsom cite le post de la Maison Blanche avec un zoom entouré de rouge et une seule phrase : « The Golden Age of “Super Intelligence.” (ouvre x.com dans un nouvel onglet) ». Plus de 1,5 million de vues.
Est-ce authentique ? Oui. Snopes a vérifié que la faute figure sur l’image publiée par le compte officiel, et pas sur une copie trafiquée. Nous avons téléchargé les deux images du post le 1er octobre : la faute y est.
D’autres scories ? Snopes relève que le mot « Joint » du sous-titre est mal aligné, comme ajouté après coup. La signature de Musk est accompagnée de « XAI », alors que l’entreprise s’écrivait xAI et a été renommée SpaceXAI (ouvre mashable.com dans un nouvel onglet) après son rachat par SpaceX. Petite ironie au passage : en citant l’accord, l’article de USA Today mentionne des « terms operating the controls ». Le document dit « teams ».
A-t-elle été corrigée ? Non, au 1er octobre vers 14 h (Paris). Le post X de la Maison Blanche affiche toujours les deux mêmes images. Le post Truth Social n’a pas été modifié selon l’archive. Aucune version corrigée n’est publiée sur whitehouse.gov ; l’accord n’y figure d’ailleurs pas du tout, seuls le décret et la fiche d’information y sont. USA Today et Snopes ont demandé un commentaire à la Maison Blanche. Aucune réponse publiée à ce stade.
Une faute de frappe ne change rien au fond de l’accord. Mais elle a fait plus de bruit que les quatre engagements. Le contenu de la page 1 a été bien moins partagé que la ligne de la page 2.
« Superintelligence » : un mot de science devenu slogan
Le problème n’est pas seulement la faute. C’est le mot lui-même.
Le sens savant. Le mathématicien I. J. Good parlait dès 1965 d’une « ultraintelligent machine » capable de s’améliorer elle-même. Le terme moderne est fixé par le philosophe Nick Bostrom dans Superintelligence (2014) : un intellect qui dépasse largement les humains « in virtually all domains of interest ». C’est un objet hypothétique. Personne ne prétend sérieusement qu’un modèle actuel répond à cette définition. C’est pour ça que les chercheurs interrogés par la BBC (ouvre yahoo.com dans un nouvel onglet) jugent l’étiquette trompeuse. Simon Coghlan, de l’université de Melbourne, parle d’un terme qui « exagerates the current capacities of AI ».
Le sens commercial. Depuis trois ans, les labos ont fait du mot une promesse :
- OpenAI lance en juillet 2023 une équipe « Superalignment », chargée de contrôler une superintelligence qui pourrait arriver « cette décennie ». L’équipe est dissoute en mai 2024. En janvier 2025, Sam Altman écrit qu’OpenAI vise désormais « au-delà » de l’AGI, vers la superintelligence.
- Ilya Sutskever fonde Safe Superintelligence (SSI) en juin 2024, avec un seul produit annoncé : une superintelligence sûre. Le nom de l’entreprise est le programme.
- Meta crée Meta Superintelligence Labs en juin 2025, après avoir investi environ 14 milliards de dollars dans Scale AI. Zuckerberg publie en juillet 2025 son texte « Personal Superintelligence ». Interrogé par Newsweek (ouvre newsweek.com dans un nouvel onglet), Meta rappelle qu’il employait le mot bien avant Trump.
- Dario Amodei, à l’inverse, évite les grands mots. Dans « Machines of Loving Grace » (octobre 2024), il préfère « powerful AI » et reproche au terme AGI son bagage de science-fiction et de hype.
- Les inquiets l’utilisent aussi. En octobre 2025, le Future of Life Institute publie un appel à interdire le développement d’une superintelligence tant qu’il n’y a pas de consensus scientifique sur sa sûreté. En septembre 2026, Evan Hubinger, chez Anthropic, écrit sur X (ouvre x.com dans un nouvel onglet) qu’on n’a « pas encore de plan » pour aligner une superintelligence.
Le même mot sert donc à vendre une vision, à lever des fonds et à décrire le pire scénario. Trump en a pris la face lumineuse. Mais la face sombre vient avec.
Ce que disent les gens
Les spécialistes du marketing sont sceptiques. Jean-Pierre Dubé (université de Chicago) explique à Newsweek (ouvre yahoo.com dans un nouvel onglet) que le nom ne prendra pas sans l’industrie. Il va plus loin : « super intelligence » évoque une technologie qu’on ne peut pas contrôler, précisément ce que redoutent les alarmistes. Susan Fournier (Boston University) dit la même chose : le terme est « perhaps worse », plus menaçant, et rend la régulation plus difficile à imaginer.
Les juristes voient surtout un problème de double vocabulaire. Pour l’IAPP (ouvre iapp.org dans un nouvel onglet), les organisations vont croiser « SI » dans les documents fédéraux, tandis que les lois, les lois des États, les contrats et les questionnaires fournisseurs continuent de dire « AI ».
Les démocrates attaquent le fond. Le sénateur Mark Warner résume, cité par CNBC (ouvre cnbc.com dans un nouvel onglet) : renommer l’IA ne règle aucun risque, et les entreprises restent seules juges. Gavin Newsom a signé un décret californien qui impose aux agences de l’État de continuer à dire « Artificial Intelligence », d’après Forbes (ouvre yahoo.com dans un nouvel onglet). Sa formule : « Super intelligence is clearly not coming from the White House ».
L’opinion est méfiante. Un sondage Quinnipiac publié le 29 septembre donne 25 % d’approbation à Trump sur l’IA, contre 58 % de désapprobation. Selon CNN/SSRS, 75 % des Américains voient la croissance de l’IA avec crainte ou inquiétude.
Les patrons jouent le jeu, sans plus. Pichai parle d’un moment « historic and consequential ». Amodei répète qu’on peut « gagner en sécurité » en travaillant avec le président, sans redire publiquement son appel à ralentir. Aucun labo n’a annoncé qu’il renommerait ses produits.
Ce que change vraiment le passage d’« IA » à « SI »
Juridiquement, presque rien pour l’instant. La définition légale reste celle de 2020. Le décret ne touche que les documents non statutaires de l’exécutif fédéral. Les lois, les contrats et les règlements existants gardent « AI ». Le vrai rendez-vous est le 28 novembre : si la proposition de définition législative élargit ou remplace la notion d’IA, il faudra une loi du Congrès. Rien ne dit qu’elle passera.
Pour les agences, une charge administrative. Sites, rapports, communiqués à reprendre « dans la mesure permise par la loi ». Les noms d’organismes et de programmes qui contiennent « AI » ne sont pas traités par le texte. Comme le relève Newsweek, on ne sait pas s’ils seront concernés.
Pour les attentes, un effet pervers possible. Appeler « super intelligence » un chatbot qui oriente vers un formulaire de passeport, c’est promettre plus que ce qui existe. Et c’est aussi banaliser le mot qui désigne, chez les chercheurs, le seuil où les risques deviennent maximaux. Le jour où un labo dira « nous approchons de la superintelligence », le mot aura déjà servi pour America.gov.
Pour la communication politique, un classique. Golfe du Mexique devenu « Gulf of America », lac Ontario devenu « Lake America » en août : renommer, c’est occuper le terrain. Le 29 septembre, Trump a même relié les deux, selon The Independent (ouvre yahoo.com dans un nouvel onglet) : « hoax » aurait collé à l’ancien nom, pas au nouveau. Le changement de mot accompagne un choix de fond : pas de régulateur, de l’autorégulation, et la course contre la Chine.
Pour les marchés et les labos, aucun effet mesurable établi. Nous n’avons trouvé aucune source sérieuse attribuant un mouvement de cours au décret. Les fonds indiciels « AI » ne changent pas de nom. Benzinga a rapporté que des parieurs de Polymarket anticipaient le renommage ; nous n’avons pas pu lire l’article. Pour les labos, l’enjeu est ailleurs : l’accord fixe un cadre volontaire qui pourrait, un jour, servir de base à une loi. Ce sont eux qui l’ont rédigé.
Faits, interprétations, inconnues
| Catégorie | Ce qu’on peut dire |
|---|---|
| Fait | Décret signé le 29 septembre, publié sur whitehouse.gov. Il impose SI aux documents non statutaires de l’exécutif fédéral |
| Fait | SI a pour l’instant la même définition légale que l’IA (15 U.S.C. § 9401(3)) |
| Fait | Accord volontaire signé par Trump et six dirigeants, sans obligation juridique ni sanction |
| Fait | Faute « Unites States » sur la page 2, publiée par Trump puis par @WhiteHouse, non corrigée au 1er octobre |
| Interprétation | Le renommage répond au recul de Trump dans les sondages sur l’IA (lecture de CNBC, Bloomberg, CNN) |
| Interprétation | Le mot « super intelligence » pourrait renforcer les peurs au lieu de les calmer (Dubé, Fournier) |
| Inconnue | La définition législative remise le 28 novembre, et ce que le Congrès en fera |
| Inconnue | Le contenu des standards que les entreprises doivent fixer « régulièrement » |
| Inconnue | Une éventuelle version corrigée de l’accord, et une réponse de la Maison Blanche sur la faute |
Ce qu’il faut retenir
Le sondage du 19 septembre n’était pas une blague. En dix jours, il a produit un décret, une consigne diplomatique et un accord signé par les plus grands labos. Mais le décret change des mots, pas la loi. L’accord promet des contrôles, pas des sanctions. Et le document censé inaugurer « l’ère de la super intelligence » se trompe sur le nom du pays de son signataire principal.
Pour le reste du monde, l’IA s’appelle toujours l’IA. Pour l’administration fédérale américaine, elle s’appelle SI depuis le 29 septembre. Pour les chercheurs, la superintelligence reste ce qu’elle était : une hypothèse, et la plus inquiétante de toutes.
Sources
- The White House, « Inaugurating The Era Of Super Intelligence », décret, 29 septembre 2026 (ouvre whitehouse.gov dans un nouvel onglet)
- The White House, fiche d’information, 29 septembre 2026 (ouvre whitehouse.gov dans un nouvel onglet)
- The White House sur X, accord, 30 septembre 2026 (ouvre x.com dans un nouvel onglet) et photos du déjeuner, 29 septembre (ouvre x.com dans un nouvel onglet)
- The White House, galerie du déjeuner du 29 septembre 2026 (ouvre whitehouse.gov dans un nouvel onglet)
- Trump’s Truth, archives des posts Truth Social : 41806 (ouvre trumpstruth.org dans un nouvel onglet), 41812 (ouvre trumpstruth.org dans un nouvel onglet), 41829 (ouvre trumpstruth.org dans un nouvel onglet), 41830 (ouvre trumpstruth.org dans un nouvel onglet), 41885 (ouvre trumpstruth.org dans un nouvel onglet), 42022 (ouvre trumpstruth.org dans un nouvel onglet), 42025 (ouvre trumpstruth.org dans un nouvel onglet), 42026 (ouvre trumpstruth.org dans un nouvel onglet)
- ONU Info, discours de Donald Trump à l’Assemblée générale, 22 septembre 2026 (ouvre news.un.org dans un nouvel onglet)
- AP via US News, consigne aux diplomates, 23 septembre 2026 (ouvre usnews.com dans un nouvel onglet)
- CNN, Hadas Gold et Adam Cancryn, 29 septembre 2026 (ouvre cnn.com dans un nouvel onglet)
- CNBC, Kevin Breuninger, 29 septembre 2026 (ouvre cnbc.com dans un nouvel onglet) et Ari Levy, 30 septembre 2026 (ouvre cnbc.com dans un nouvel onglet)
- Nextgov/FCW, Christian Robles, 29 septembre 2026 (ouvre nextgov.com dans un nouvel onglet)
- USA Today via Yahoo, Saman Shafiq, 30 septembre 2026 (ouvre yahoo.com dans un nouvel onglet)
- Snopes, Jordan Liles, 30 septembre 2026 (ouvre snopes.com dans un nouvel onglet)
- IBTimes UK, 1er octobre 2026 (ouvre ibtimes.co.uk dans un nouvel onglet)
- Gavin Newsom sur X, 30 septembre 2026 (ouvre x.com dans un nouvel onglet) et Forbes via Yahoo, décret californien, 1er octobre 2026 (ouvre yahoo.com dans un nouvel onglet)
- Freshfields, A Fresh Take, 1er octobre 2026 (ouvre freshfields.com dans un nouvel onglet)
- IAPP, Jennifer Dickey, 30 septembre 2026 (ouvre iapp.org dans un nouvel onglet)
- Newsweek via Yahoo, Anna Skinner, 25 septembre 2026 (ouvre yahoo.com dans un nouvel onglet)
- BBC via Yahoo, 23 septembre 2026 (ouvre yahoo.com dans un nouvel onglet)
- The Independent via Yahoo, John Bowden, 30 septembre 2026 (ouvre yahoo.com dans un nouvel onglet)
Laisser un avis
Avis des lecteurs
Aucun avis publié pour le moment.
À lire aussi
- Ce que vous avez raté du 27 septembre au 1er octobreSonnet 5.5, le prospectus d’Anthropic, le DevDay d’OpenAI, GLM-5.3, l’enquête de la FTC, la date d’Apple et les prix de la mémoire : l’actualité IA et tech du 27 septembre au 1er octobre 2026, en brèves datées et sourcées.
- DRAM et SSD : encore 10 à 20 % de hausse au quatrième trimestreTrendForce prévoit au T4 2026 +10 à 15 % sur la DRAM conventionnelle et +15 à 20 % sur la NAND en prix contractuels. La hausse ralentit sans s’arrêter, l’offre de DRAM PC pourrait baisser en 2027 et les SSD des PC rétrécissent.
- Apple viserait le 13 octobre pour son hub maison, un HomePod mini et une Apple TVSelon Mark Gurman (Bloomberg, 30 septembre 2026), Apple dévoilerait le 13 octobre un hub domestique à écran de 6 pouces, un HomePod mini et une Apple TV 4K à puces plus rapides pour Siri IA. Rien n’est confirmé par Apple.
