Retour
Menu des articles72

News · Industrie

Valar Atomics veut 456 réacteurs nucléaires dans l’Utah pour un data center géant

Valar Atomics prévoit 456 petits réacteurs et 9,6 GW sur plus de 9 500 acres près de Price, dans l’Utah, pour des data centers. Premiers réacteurs en 2028, selon NPR. Mais aucun client n’est nommé, aucune licence NRC n’est demandée, et le seul réacteur de Valar produisait 100 kW en juillet.

Par 1 octobre 202612 min de lecture0 vues
Valar Atomics veut 456 réacteurs nucléaires dans l’Utah pour un data center géant

456 réacteurs nucléaires, 9,6 gigawatts, plus de 9 500 acres de désert près de Price, dans l’Utah. C’est le « Project Beehive » de Valar Atomics, une start-up fondée en 2023 qui veut y adosser un gigantesque campus de data centers, une usine de combustible et un entreposage de déchets. NPR l’a révélé le 30 septembre 2026 à partir de documents remis aux autorités. Calendrier visé : premiers réacteurs en 2028, site complet en 2032.

Pour mesurer l’écart entre l’annonce et le réel : à ce jour, Valar a fait fonctionner un réacteur d’essai, qui produisait 100 kilowatts électriques en juillet. Aucun de ses réacteurs n’a de licence commerciale. Et aucun client du data center n’est nommé.

Info

Contrôle du 1er octobre 2026, en soirée (heure de Paris). Source principale : l’exclusivité de NPR (ouvre npr.org dans un nouvel onglet) (Geoff Brumfiel, 30 septembre), fondée sur des documents de Valar que nous n’avons pas pu consulter. Recoupements : KSL TV (ouvre ksl.com dans un nouvel onglet) (déclaration du Bureau of Land Management, bail de l’État), Deseret News (ouvre deseret.com dans un nouvel onglet), ministère de l’Énergie (ouvre energy.gov dans un nouvel onglet), NucNet (ouvre nucnet.org dans un nouvel onglet), l’annonce de série B de Valar (ouvre valaratomics.com dans un nouvel onglet), le registre judiciaire CourtListener (ouvre courtlistener.com dans un nouvel onglet) et le prospectus de X-energy (ouvre sec.gov dans un nouvel onglet) (SEC). La demande déposée au BLM n’est pas publique. L’article du Salt Lake Tribune sur le bail de l’État n’a pas été lu directement.

Project Beehive en chiffres

Ce que disent les documents (selon NPR, KSL)
Réacteurs456 petits réacteurs à gaz
Puissance unitaire25 MW électriques
Puissance pour les data centersenviron 9,6 GW, plus de la chaleur pour l’industrie
Terrain fédéral (BLM)plus de 9 000 acres près de Price, comté de Carbon
Terrain de l’Étatenviron 640 acres, bail approuvé le 17 septembre
Autres installationsdata centers, fabrication de combustible, entreposage de déchets
Calendrierchantier non nucléaire dès fin 2026, premiers réacteurs en 2028, site complet en 2032

Quelques repères. 9 500 acres, c’est environ 38 km², plus du tiers de la superficie de Paris. 9,6 GW, c’est plus du double de la production électrique moyenne de tout l’Utah, autour de 4 GW (la capacité de pointe estivale de l’État approche 10 GW). Ramené à la France, c’est presque six EPR de Flamanville. Et c’est près de trois fois ce que les États-Unis ont mis en service en nucléaire depuis 2000 : trois réacteurs, environ 3,4 GW au total, rappelle NPR.

Un détail ne colle pas. 456 unités de 25 MW donnent 11,4 GW, pas 9,6. La différence peut correspondre à la consommation du site, à une marge d’exploitation ou à des unités réservées à la chaleur industrielle. Les documents ne sont pas publics et Valar ne l’a pas expliqué. Le site spécialisé DCD titre même sur 9,4 GW. On s’en tient donc à « environ 9,6 GW pour les data centers », le chiffre de NPR.

Qui est Valar Atomics

Valar a été fondée en 2023 par Isaiah Taylor, 27 ans, qui a promis de « make nuclear great again ». Parmi ses premiers soutiens figurent Palmer Luckey, fondateur d’Anduril, et Shyam Sankar, directeur technique de Palantir. L’argent a afflué en 2026 :

La société est très proche de l’administration Trump. Taylor était présent quand le président a signé, en mai 2025, les quatre décrets censés quadrupler le nucléaire américain d’ici 2050. Valar a été retenue en août 2025 dans le programme pilote de réacteurs du ministère de l’Énergie (DOE). Le 15 février 2026, l’armée a transporté son réacteur d’essai par C-17 de Californie à l’Utah, une première. Et le 24 juillet, Taylor se tenait derrière Trump lors d’une annonce sur le nucléaire, note NPR.

Le réacteur d’essai s’appelle Ward 250. Il est installé au Utah San Rafael Energy Lab, à Orangeville (comté d’Emery), à une cinquantaine de kilomètres du futur site. Il a atteint la criticité le 18 juin 2026, d’après NucNet (ouvre nucnet.org dans un nouvel onglet). Le DOE le présente comme le premier réacteur qu’il a autorisé hors d’un laboratoire national, et le deuxième réacteur avancé à diverger dans son programme pilote. Le 1er juillet, Valar l’a utilisé pour produire de l’électricité devant un public et alimenter une puce Nvidia. La puissance électrique annoncée alors : 100 kW.

Vue aérienne d’un site de Valar Atomics dans le désert de l’Utah, avec les logos des investisseurs de la série B.

Crédit : Valar Atomics (ouvre valaratomics.com dans un nouvel onglet), visuel officiel de l’annonce de série B, 3 août 2026. Le lieu n’est pas précisé : vraisemblablement le site d’essai d’Orangeville, pas celui de Project Beehive.

La technologie : des petits réacteurs à gaz, en série

Les réacteurs de Valar sont des réacteurs à haute température refroidis à l’hélium (HTGR), modérés au graphite. Ils brûlent du combustible TRISO : des grains d’uranium enrobés de couches de céramique et de carbone, conçus pour retenir les produits de fission à très haute température. C’est la même famille que le Xe-100 de X-energy, choisi par Amazon. Avantage mis en avant dans le désert de l’Utah : pas d’eau pour le refroidissement.

Le pari de Valar n’est pas technique, il est industriel. Plutôt qu’une grosse centrale construite sur mesure en dix ou quinze ans, la société veut fabriquer des unités standard en usine et les aligner par centaines sur des « gigasites ». Les unités de 25 MW pourraient être installées une à une, ce qui permettrait d’ouvrir le site par tranches, explique NPR. Valar veut aussi produire son propre combustible, sur place : l’entreprise écrit qu’elle ne dépendra pas de fournisseurs extérieurs. C’est l’usine de combustible prévue dans Beehive.

Le 1er juillet, Valar et Nvidia ont aussi annoncé qu’ils étudiaient un « AI factory » de 30 MW quasiment sans eau, alimenté par un réacteur Valar, selon le Deseret News (ouvre deseret.com dans un nouvel onglet). C’est un projet exploratoire, distinct de Beehive. Rien n’indique que Nvidia soit client du campus de Price.

Les autorisations : presque tout reste à obtenir

Le terrain fédéral. Le Bureau of Land Management (BLM) de l’Utah confirme avoir reçu une demande de Valar pour un campus industriel d’environ 9 000 acres. Il vérifie qu’elle est complète. Si c’est le cas, il publiera un avis de location (« Notice of Realty Action »), puis lancera une analyse environnementale au titre de la loi NEPA, avec consultation du public, a-t-il indiqué à KSL. Le BLM ajoute que les terres publiques peuvent accueillir des data centers « when projects are designed responsibly ».

Le terrain de l’État. Le conseil de l’agence des terres de l’Utah a approuvé à l’unanimité, le 17 septembre, un bail portant sur un peu plus de 640 acres dans le comté de Carbon. Ses membres ont évoqué des data centers comme usage probable de l’énergie produite. Les élus locaux applaudissent. « We have the workforce. We have the space », a lancé le commissaire du comté Tony Martines, selon KSL (ouvre ksl.com dans un nouvel onglet).

La sûreté nucléaire. C’est le gros morceau. Ward 250 fonctionne sous autorisation du DOE, dans un programme d’essai. Pour vendre du courant, il faut une licence de la Nuclear Regulatory Commission (NRC), rappelle le Deseret News. Nous n’avons trouvé aucune demande publique de Valar auprès de la NRC pour Beehive. Valar est même en procès contre l’agence : en avril 2025, elle a rejoint le Texas, l’Utah et d’autres start-up pour contester l’obligation de licence complète pour les petits réacteurs. Les États se sont retirés le 24 juin 2026 ; la procédure des entreprises était encore suspendue début septembre, d’après le registre du tribunal (ouvre courtlistener.com dans un nouvel onglet).

Le président de la NRC dit vouloir ramener les examens sous 18 mois. Le seul repère concret reste lent. Le projet de Dow avec X-energy, quatre réacteurs du même type au Texas, a déposé sa demande de permis de construire en mars 2025 ; X-energy n’attend le permis qu’au premier trimestre 2027, selon son prospectus (ouvre sec.gov dans un nouvel onglet). Deux ans pour un permis de construire, pour quatre réacteurs.

Valar répond qu’aucune construction ne commencera avant les autorisations : « No construction begins before permits and approvals (ouvre npr.org dans un nouvel onglet) ».

Faisable ? Les questions qui fâchent

La cadence. Installer 456 réacteurs entre 2028 et 2032, c’est en mettre en service près de deux par semaine pendant cinq ans. Aucune usine au monde ne produit aujourd’hui de petits réacteurs à ce rythme. Valar met en avant sa vitesse : sept mois pour faire diverger le Ward 250. Mais passer de 100 kW démontrés à des unités de 25 MW, c’est un facteur 250, puis une production en série.

L’argent. Valar a levé environ 1,3 milliard de dollars de fonds propres en 2026, plus quelque 300 millions de dette. Un campus de 9,6 GW de réacteurs et de data centers se chiffre en ordres de grandeur au-dessus. Sans client nommé, on ne sait pas qui paiera.

Le précédent de l’Utah. La région connaît déjà l’échec d’un petit réacteur. En novembre 2023, le consortium de services publics de l’Utah (UAMPS) et NuScale ont abandonné le Carbon Free Power Project (ouvre publicpower.org dans un nouvel onglet), faute d’acheteurs, après une forte hausse du prix cible de l’électricité.

Le combustible et les déchets. Le TRISO enrichi reste rare : Canary Media rappelle que seule une poignée de fournisseurs américains montent en capacité. Quant aux déchets, les États-Unis n’ont toujours pas de stockage définitif. Ceux de Beehive resteraient donc sur des terres publiques, pour une durée inconnue.

La surveillance. Le contexte réglementaire inquiète. NPR a révélé en janvier que le DOE avait réécrit en secret ses règles de sûreté pour accélérer son programme pilote. Edwin Lyman, de l’Union of Concerned Scientists, y voyait « a wrecking ball (ouvre npr.org dans un nouvel onglet) » contre le système de sûreté.

Les terres publiques. Les associations locales sont vent debout. Neal Clark, de la Southern Utah Wilderness Alliance, s’inquiète de voir le projet avancer « on significant acreage of public lands ». Lexi Tuddenham, de l’association HEAL Utah, juge l’enjeu « bigger than the local community (ouvre npr.org dans un nouvel onglet) » et demande qui profite vraiment du projet. Le site a d’ailleurs déjà bougé : Valar a renoncé à un premier « gigasite » de 10 200 acres près de Green River, d’après Outdoor Life (ouvre outdoorlife.com dans un nouvel onglet).

La course à l’atome des géants de l’IA

Beehive s’inscrit dans une ruée. Les data centers d’IA consomment de l’électricité en continu, et le nucléaire est la seule source pilotable sans carbone. Depuis 2024, chaque géant a signé son contrat :

QuiAvec quiCe qui est signéÉchéance visée
MicrosoftConstellationredémarrage de Three Mile Island 1, rebaptisé Crane (835 MW), contrat de 20 ans signé en septembre 20242027
GoogleKairos Power500 MW de réacteurs refroidis aux sels fondus d’ici 2035 ; premier réacteur Hermes 2 (50 MW) en chantier dans le Tennesseevers 2030
AmazonX-energy, Energy Northwestoptions sur plus de 5 GW de Xe-100 d’ici 2039 ; premier projet Cascade de 320 MW, extensible à 960 MWdébut des années 2030
MetaVistra, TerraPower, Oklojusqu’à 6,6 GW annoncés le 9 janvier 2026, en plus de la centrale de Clinton (Constellation)2035
Valaraucun client nommé456 réacteurs, 9,6 GW sur un seul site2028-2032

Sources : Constellation (ouvre constellationenergy.com dans un nouvel onglet), NucNet (ouvre nucnet.org dans un nouvel onglet), prospectus X-energy (ouvre sec.gov dans un nouvel onglet), World Nuclear News (ouvre world-nuclear-news.org dans un nouvel onglet).

Le contraste saute aux yeux. Les géants achètent surtout des centrales existantes, ou quelques réacteurs neufs à l’horizon 2030-2035, avec des concepteurs déjà engagés auprès de la NRC. Valar promet sur un seul site plus que Meta sur tout son portefeuille, plus vite, avec un réacteur sans licence commerciale. Le projet Beehive est soit le premier gigasite nucléaire de l’histoire, soit l’annonce la plus ambitieuse de la bulle énergétique de l’IA. Les deux ne s’excluent pas.

Ce qu’il faut retenir

  • Valar Atomics veut installer 456 petits réacteurs et environ 9,6 GW près de Price (Utah), sur plus de 9 500 acres, pour des data centers.
  • Le bail de l’État (640 acres) est approuvé ; la demande fédérale est en cours d’examen au BLM.
  • Aucune licence NRC n’est demandée publiquement à ce jour, et aucun client n’est nommé.
  • Le seul réacteur de Valar en service est un prototype qui produisait 100 kW en juillet.

Ce qu’on ne sait pas encore

Qui sera le client du data center. Combien coûtera le site, et qui le financera. Par quelle voie réglementaire Valar compte faire autoriser 456 réacteurs commerciaux. Pourquoi 456 unités de 25 MW donnent 9,6 GW et non 11,4. D’où viendra l’uranium, et combien de temps les déchets resteront sur place. Et quand le BLM jugera la demande complète, point de départ de l’enquête publique.

Sources

Laisser un avis

Ta note :

Anti-robots : recopie le code

Avis des lecteurs

Pas encore de note. La première est pour toi.

Aucun avis publié pour le moment.

À lire aussi